DETOX

On trouve ici ou là les informations en gras ci-dessous, formulées exactement ainsi ou en des termes équivalents. Voici pourquoi elles sont au mieux douteuses, au pire indiscutablement fausses.

#1 “Le mot grec κλειτορίς (kleitoris), qui a donné "clitoris", signifie "petite colline" ou "petite clé" ”

 FAUX  

Le mot grec κλειτορίς ne contient rien qui renvoie à l’idée de petitesse. Par ailleurs, il n'a pas d'autre emploi connu que pour désigner le clitoris : on ne le trouve jamais utilisé dans la littérature grecque pour désigner une colline ou une clé. Ce mot créé spécialement pour désigner l'organe est très probablement un agentif féminin (construit avec le suffixe composé tor-is) dérivé du verbe κλείω voulant dire fermer, signifiant donc littéralement "fermeuse" i.e. "fermoir" au féminin. C’est l’hypothèse défendue entre autres par les hellénistes Chantraine (1977, p.540), Burguière et al. (1988, p.76), Parker (2006) ou encore Christian Boudignon et Jean-Victor Vernhes, qui arguent de manière convaincante contre les autres étymologies proposées.

#2 “Hippocrate appelait le clitoris "le serviteur qui invite les hôtes”

 FAUX 

Déjà, plusieurs historien·nes spécialistes de cette période, de l’histoire de la médecine et/ou de celle de la sexologie ont affirmé que le clitoris n’était pas mentionné dans le corpus hippocratique (voir la page HISTOIRE), et je n’ai pas trouvé d’affirmation contraire dans des travaux de leurs pairs. Surtout, je n’ai jamais vu cette affirmation accompagnée d’une référence à un extrait précis du corpus hippocratique. D’où vient donc cette affirmation, ajoutée par un·e anonyme le 9 juin 2006 dans la version française de la page Wikipedia consacrée au clitoris, et reprise depuis dans des dizaines d’articles et livres consacrés à l’organe ? L'idée de serviteur qui "invite" a-t-elle été inventée sur la base de la faute d'orthographe commise par Fallope que signale Christian Boudignon ? Est-ce plutôt venu de l’anglais "door-keeper" (présent dans Parker 2006), dont la traduction la plus courante est "portier" et qui aurait ensuite été rendu par cette périphrase ? Et d’où sort l'attribution à Hippocrate ? J'aimerais bien répondre à ces questions...

#3 “Hippocrate considérait le clitoris comme une simple excroissance, qu’il désignait sous le nom de columella (petite colonne) ou uvula (luette) en raison de sa ressemblance avec la luette du palais ”

 PROBABLEMENT FAUX 

Rappelons d'abord que columella et uvula sont des mots latins, or le corpus hippocratique est en grec. Dans son chapitre « De nymphotomia », Severino (1646 p.120) souligne que certains auteurs, expliquant/traduisant (interpretantes) Hippocrate de manière erronée, confondent la nymphe normale avec « celle qui est puante et infectée ». Je pense aussi qu’il s’agit d’erreurs venant de mauvaises synthèses du corpus hippocratiques faites en latin. Dans le Livre 2 des Maladies des femmes attribué à Hippocrate, il est en effet expliqué comment traiter ce qu’on appelle aujourd’hui des végétations vénériennes ou condylomes, aussi appelées crêtes de coq. J’ai constaté qu’une traduction latine ancienne d’un extrait de Maladies des femmes avait rapproché les mots columella et clitoris de telle sorte que cela pouvait induire une confusion (Plessis 1683, p.604). Or dans ce passage, columella est employé pour rendre le mot grec habituellement traduit par "végétations", de même qu’il est aussi fait référence dans ce livre aux végétations de la gorge, en lien avec la luette. En écrivant qu’Hippocrate avait comparé le clitoris à une columella, De Graaf (1672, p.16) a sans doute contribué à propager cette erreur (entre autres) concernant l’histoire de la connaissance du clitoris. Mauriceau (1681, p.22) aussi, qui au sujet de l'hypertrophie du clitoris et de son traitement décrits par Paul d'Egine, écrit : "Hipocrate mesme, au livre des maladies des femmes, en a parlé avant tous, sous le nom de Columella". Tronchin (1730, p.6) écrit quant à lui qu’Hippocrate appelle le clitoris κίονα (colonne) dans De natura muliebris, et que sa traduction latine est columella, or l’extrait en grec qu’il cite me semble concerner le traitement des végétations pouvant se former dans les parties génitales des femmes : il correspond à un passage de De natura muliebris tronqué (par lui ou par sa source ?) pour enlever la référence à la douleur et la puanteur (ainsi que le moyen de les soigner), et ne garder que la référence à la végétation (et le soin consistant à la couper)... Quant au rapprochement avec la luette, notons qu'au VIè siècle, Aétios d'Amida précise que lorsqu'on pratique l'excision d'un clitoris (nymphe) trop grand, il "convient de garder la mesure, comme dans une excision de luette, de sorte que seule soit enlevée la partie superflue" (trad. de Burguière et al. 2000, p.90-91). Il est aussi possible que la référence à la luette provienne d’une mauvaise lecture de Galien (voir la page HISTOIRE).

#4 “Hippocrate pensait que le clitoris était l’organe du plaisir féminin ; le clitoris est connu comme l’épicentre du plaisir féminin depuis Hippocrate”

 FAUX  

Cette affirmation est apparue en même temps que l’histoire du « serviteur qui invite les hôtes », sous la même plume et le 9 juin 2006, dans la version française de la page Wikipedia sur le clitoris. Comme nombre d’inexactitudes ou d’inventions propagées par cette page, on la retrouve désormais dans de nombreuses « sources » concernant cet organe, or elle est clairement contredite par l’analyse du corpus hippocratique (voir la page HISTOIRE).

#5 “La poésie de Sappho contient des allusions au clitoris, basées sur des jeux de mots”

 DOUTEUX 

Selon certain·es auteur·es (Winckler 1981 ; Hanson 1989 ; Dean-Jones 1992), la poétesse grecque Sappho (vers 630-580 av. J.-C., île de Lesbos) pourrait avoir fait référence au clitoris en utilisant l'image de la nymphe (nymphè). Cependant, l’équivalence nymphe/clitoris n’est attestée que dans des textes écrits au moins sept siècles plus tard, et tout indique que le clitoris était auparavant appelé baie de myrte (voir la page HISTOIRE). De plus, aucun extrait des écrits de Sappho n’est cité à l’appui de cette hypothèse. Il est fort possible qu’elle résulte d’une illusion rétrospective créée par des écrits grecs ultérieurs. Winckler (1981) suggère également que lorsque Sappho évoque sa « Kleis bien-aimée », il s’agit à nouveau d’une métaphore pour évoquer le clitoris, basée cette fois sur le mot kleitoris, or Parker (2006) donne des arguments linguistiques convaincants en défaveur de cette dernière hypothèse. Quoi qu’il en soit, il s’agit dans les deux cas d’interprétations discutables.

#6 “Pour les Grecs, la nymphe désignait l’ensemble constitué du clitoris et des petites lèvres”

 TRES PROBABLEMENT FAUX  

C’est ce que Burguière et al. (1988, p.76) ont affirmé dans leur traduction de l’œuvre de Soranos d’Ephèse, et qui a ensuite été repris par d’autres auteur·es, mais il s’agit selon moi d’une erreur. En effet, tout d’abord Burguière et al. ne justifient leur déduction (« donc ») que par le fait que Soranos place la nymphe à la commissure supérieure des lèvres, ajoutant seulement que les petites lèvres « ont d’ailleurs conservé le nom de nymphes ». Ensuite, dans leur traduction ultérieure d’un autre passage du traité de Soranos (Burguière et al. 2000, p. 88) et de deux passages du Livre XVI d’Aëtius (p. 90 et p.91), ell·eux-mêmes se contredisent en traduisant nymphè par « clitoris ». De plus, Soranos dit qu’il s’agit d’une « petite formation charnue » ou « petite boule de chair » (il utilise le mot sarkidion), il la positionne non seulement à la commissure supérieure des lèvres mais très précisément au-dessus du méat urinaire, et il explique qu’on l’appelle nymphe car elle « se dissimule sous les lèvres comme les jeunes mariées sous leur voile », lesdites lèvres étant aussi appelées « ailes » ; c’est incompatible à plusieurs titres avec l’idée que la nymphe inclut les petites lèvres. Par ailleurs, Caelius Aurelianus (Vè) et Mustio (VIè), adaptateurs latins de Soranos, ont rendu nymphè par landica, dont le sens de « clitoris » n’est pas contesté et dont une étymologie plausible est « petit gland ». De même, au Moyen Âge les adaptateurs en arabe des textes grecs décrivant la « nymphotomie » ont utilisé pour décrire l’organe coupé le mot arabe bathr (بظر), qui signifie aujourd’hui encore « clitoris ». Enfin, Rufus d’Ephèse (IIè) décrit également la nymphe comme étant un (unique) petit morceau de chair et en donne deux synonymes qui renvoient soit à l’idée d’une petite boule (myrton), soit à celle de quelque-chose qui se cache sous la peau (hypodermis), ce qui semble également incompatible avec l’idée que la nymphe inclut les petites lèvres mais correspond en revanche parfaitement au gland du clitoris caché sous le capuchon. La confusion entre « la nymphe » (= le clitoris) et ce qui a fini par être appelé « les nymphes » en français (= les petites lèvres) provient manifestement d’une mauvaise lecture de Soranos et Rufus d’Ephèse (peut-être favorisée par l’assimilation par Galien du clitoris aux autres excroissances charnues constituant les petites lèvres : voir la page HISTOIRE). C’est sans doute cette confusion entérinée de longue date dans la littérature médicale française qui a induit Burguière et al. en erreur.

#7 “Au XVIè siècle, l’anatomiste Charles Estienne appelle le clitoris « le membre honteux » de la femme ; il lui attribue une fonction urinaire”

 FAUX  

Les expressions "parties honteuses" ou "membre honteux" ont été utilisées dans de nombreux traités pour rendre le latin pudendum, terme désignant les organes génitaux masculins aussi bien que les féminins (du fait de la honte en principe associée à leur monstration en public). Il a d’ailleurs laissé une trace dans le vocabulaire anatomique : on parle encore aujourd’hui du "nerf honteux" ou "nerf pudendal" au sujet de l’innervation de cette partie du corps chez les hommes comme chez les femmes (voir la page ANATOMIE). En ce qui concerne plus spécifiquement Charles Estienne, il utilise l’expression "membre honteux" pour désigner chez l’homme le pénis, et chez la femme le vestibule vulvaire, c’est-à-dire la partie de la vulve située entre les petites lèvres comprenant le méat urinaire et l’orifice du vagin (1546, p.313 et 315). Il n’attribue pas au clitoris une fonction urinaire, distinguant bien au contraire deux "conduits", l’un allant du membre honteux jusqu’à la matrice (i.e. le vagin), l’autre du membre honteux à la vessie (i.e. l’urètre). Le clitoris semble correspondre à ce qu’il appelle "nymphe" dans le texte et "languette" dans la légende de l’illustration. Il dit penser qu’il s’agit d’une sorte de glande servant à maintenir l’orifice du vagin humide (voir la page HISTOIRE). L’article de Stringer & Becker (2010) – qui a inspiré de nombreux·se vulgarisateur·ices – semble être à l’origine de cette lecture erronée du livre d’Estienne (« Estienne (1504–1564) had described the clitoris (membre honteux or ‘‘shameful member’’) […] but he related its function to micturition ». Cette mention est vraisemblablement basée sur une déformation de Park (1997), cité dans l’article, qui était déjà en partie erroné (« Estienne described the clitoris as part of woman’s "shameful member" (membre honteux) » [OK] ; « Estienne related the function of the clitoris to urination »).

#8 “C’est au XVIe siècle que la littérature médicale reconnaît l’existence du clitoris pour la première fois ; il est connu depuis le 16ème siècle”

 FAUX  

Le traité de gynécologie de Rufus d’Ephèse, qui date du IIè siècle après J.-C., identifie déjà clairement le clitoris. Il lui a d’ailleurs donné son nom actuel. Rufus n’ignorait pas non plus qu’il pouvait être le lieu d’un « attouchement lascif » (voir la page HISTOIRE).

#9 “Le clitoris est l'équivalent du gland du pénis ; les bulbes du vestibule sont l'équivalent des corps caverneux du pénis”

 FAUX  

Le clitoris est l’homologue de l’ensemble formé par les corps caverneux et le gland du pénis. Quant aux bulbes, ils sont les homologues du corps spongieux entourant l’urètre pénien et de son renflement appelé bulbe se terminant au voisinage de la prostate (voir la page ANATOMIE).

#10 “Le corps et le gland sont les seuls éléments visibles extérieurement du clitoris”

 FAUX  

La seule partie visible du clitoris est en principe son gland, ou plus exactement une partie plus ou moins importante du gland, selon ce que le capuchon recouvre. Si dans le cas de clitoris inhabituellement développés, une partie de son corps peut être visible, il ne peut en aucun cas être visible en entier.

#11 “Sa taille au repos, avec ses longues racines souterraines, n’est pas si différente voire même plus importante (11 cm en moyenne) que celle de son homologue masculin au repos (9 cm) ; Avec ses 8 pouces de long environ (20 cm), le clitoris est plus grand que le pénis”

 FAUX  

Le pénis est comme le clitoris pourvu d’une vaste partie cachée. Si on les mesure tous deux de la même façon, c'est-à-dire en partant de la pointe du gland, en suivant le corps puis en allant jusqu’à l’extrémité d’un des deux piliers, à l’état flaccide le clitoris moyen fait de l’ordre de 10 cm (mais voir la page ANATOMIE) et le pénis moyen environ le double. La tumescence liée à l’excitation sexuelle accroît encore cette différence, car elle affecte très peu la longueur du clitoris.

#12 “Le corps caverneux est une fourche dont les deux branches mesurent environ 10 cm de long ; Le clitoris a deux racines de 10 cm de long ; Le clitoris s’avère être la conjonction, en profondeur, de deux racines de dix centimètres qui entourent le vagin et l’urètre ”

 FAUX  

Le clitoris au sens strict (sans les bulbes) est constitué, en plus de son gland, de deux corps caverneux. Ils sont d’abord disjoints, formant ses deux "piliers" ou "racines", puis joints pour former son "corps". Les deux piliers mesurent probablement rarement plus de 6 cm de long. En aucun cas ils n’entourent le vagin ou l’urètre : ils sont fixés aux branche ischiopubiennes des os du bassin (voir la page ANATOMIE).

#13 “Les bulbes entourent l’entrée du vagin ; Les bulbes courent tout le long des petites lèvres jusqu'en bas du vagin ”

 FAUX  

Les bulbes sont en quelque sorte "à cheval" sur l’urètre puis le vagin, descendant de chaque côté de celui-ci. Ils ne l’entourent jamais. Par ailleurs, ils sont plus ou moins longs et peuvent très bien s’arrêter plutôt vers le haut du vagin, si on considère la vulve de face.

#14 “Le clitoris est constitué d’une double arche ; Le gland fait un coude à l’intérieur du corps puis se sépare en 2 arches : le corps caverneux et le corps spongieux ”

 INEXACT ET TROMPEUR 

Le clitoris au sens strict est constitué d’une première "branche" (gland + corps) faisant environ la moitié de sa longueur totale. C'est le corps qui fait un coude à l’intérieur du corps puis se sépare en deux branches appelées piliers. Le corps et les piliers sont faits de deux corps caverneux d'abord joints puis disjoints, et l’ensemble ne ressemble vraiment pas à une arche. Le corps spongieux relié au corps du clitoris par un réseau de veines forme deux bulbes qui peuvent être vus comme constituant une sorte d’arche au-dessus du vagin (voir la page ANATOMIE).

#15 “La longueur du clitoris est multipliée par 7 au cours de la vie ; le clitoris est 7 fois plus grand à l’âge de la ménopause qu’à la naissance ”

 TRES PROBABLEMENT FAUX  

Dans un livre consacré à la gynécologie de l’enfance et de l’adolescence publié en 1968, le gynécologue John Huffman a introduit le concept d’ "indice clitoridien", égal à la largeur du gland multipliée par sa longueur. Verkauf et al (1992) indiquent que sur la base de cette mesure, faite au cours d’observations personnelles qui n’ont apparemment pas fait l’objet d’une publication scientifique, il a été suggéré dans la seconde édition de son livre (en 1981) que la taille de la partie distale du corps du clitoris augmentait graduellement au fil du temps, passant de 4 mm dans l’enfance à 20 mm à la quarantaine, puis environ 30 mm après la ménopause. Il semble que cette idée de multiplication par 7 de la longueur du clitoris au cours de la vie vienne de là (30/4=7.5). Verkauf et al. (1992) soulignent que contrairement à cette supposition, aucun effet statistique de l’âge n’a été observé sur leur échantillon de 200 femmes âgées de 14 à 56 ans, que ce soit sur la taille du gland ou sur celle de la tige du clitoris. Par ailleurs, je n’ai trouvé aucun article scientifique étayant cette idée. O’Connell et DeLancey (2005) signalent au contraire l’absence de différence majeure entre les données issues d’IRM et celles issues de la dissection de cadavres, qui sont la plupart du temps ceux de femmes très âgées, avec plutôt des signes d’atrophie chez ces dernières. Je n’ai pas non plus noté de variation systématique allant en ce sens entre études, selon que les femmes des échantillons étaient âgées ou jeunes, ou ménopausées ou non. Si d’aventure il s’avérait que le clitoris des femmes ménopausée est plus grand que celui des jeunes femmes, la différence ne pourrait manifestement pas dépasser environ 10%.

#16 “Fallope est l’inventeur du nom du clitoris dans la littérature médicale latine ; c’est dans ses Observations anatomiques, publiées en latin en 1561, bien qu’il le laisse en alphabet grec ("κλειτορίda") ”

 FAUX  

C’est ce qu’indique Clément (2011), mais c’est ignorer l’existence du traité d’obstétrique et de gynécologie publié en latin à Ferrare en 1502-1503 par Ludovico Bonaccioli : il contient plusieurs occurrences du mot « cletoris », employé par l’auteur pour rendre le grec κλειτορίς (kleitoris). C’est ignorer également la traduction latine du traité d’obstétrique et de gynécologie de Rufus d’Ephèse publiée à Venise en 1552 par Giunio Paolo Crasso, qui rend quant à lui le mot grec par « clitoris », écrit en alphabet latin. A noter également que Fallope n’écrit pas "κλειτορίda" et " κλειτορίζειν" comme le laisse penser Clément (2011), mais "κλητορίda" et "kλητορίζειν". Les deux erreurs commises par Fallope – ει remplacé par η et ά oubié avant le ζ – indiquent qu’il n’est pas lui-même allé à la source grecque. Peut-être s’est-il inspiré de Crasso (1552, p. 77), qui écrit « clitoris » en alphabet latin mais « κλιτορίζειν » en alphabet grec, oubliant le ε devant le ι mais aussi le ά avant le ζ comme le fera Fallope quelques années plus tard. Quoi qu’il en soit, Fallope n’est pas l’inventeur du nom dans la littérature médicale latine.

#17 “Lorsqu’il est stimulé, le clitoris déclenche une ouverture et une lubrification du vagin ; L’érection ou tumescence du clitoris ouvre le vagin ”

 

 FAUX  

C’est malheureusement ce qui est parfois raconté depuis quelques temps, notamment par des intervenant·es en éducation à la sexualité (je l’ai constaté deux fois), mais c’est complètement faux. Tout d’abord, ce n’est ni le fait de stimuler le clitoris, ni l’érection du clitoris qui déclenchent par eux-mêmes une lubrification, mais l’excitation sexuelle qui se traduit en principe notamment par cette érection et cette lubrification. Bien que des hommes en rêvent peut-être, le clitoris n’a rien d’un bouton magique : s’il est stimulé dans un contexte d’absence de désir, cela ne va pas mécaniquement engendrer chez une femme un état propice à la pénétration de son vagin. Ensuite, on ne voit pas par quel mécanisme l’augmentation du volume du clitoris et des bulbes, causée par l’engorgement de leurs tissus érectile lors de l’excitation sexuelle, pourrait « ouvrir » le vagin. De fait, les images issues d’IRM comparant un état neutre à un état d’excitation sexuelle disponibles dans Suh et al. 2004 ainsi que dans Yang et al. 2005 montrent que le vagin reste « fermé » quel que soit l’état du clitoris (en position allongée, la section du vagin à proximité de son orifice se présente comme celle d’un tuyau aplati et en accordéon, formant habituellement un W ou un H).

Cette idée d’ouverture du vagin par le clitoris vient sans doute de la déformation d’un schéma diffusé dans le cadre de la vulgarisation de l'étude échographique d’un coït d'Odile Buisson et al. (2010), qui montrait en fait une « ouverture » du vagin causée par la présence d’un pénis dans celui-ci…. Au départ, le « clitoris au repos » y était comparé au « clitoris en action lors d’une pénétration », avec une légende explicitant l’effet de la présence du pénis dans le vagin – notons qu’il aurait été plus approprié de légender l’image « clitoris déformé par la présence d’un pénis dans le vagin », que le fait que « pénétration » soit utilisé pour signifier « pénétration par un pénis » biaisait déjà la lecture de cette image, et que de même, utiliser « clitoris au repos » pour signifier « clitoris en l’absence d’un pénis dans le vagin » était éminemment problématique (une femme n’aurait d’activité sexuelle, voire d’excitation sexuelle, que lors d’une pénétration vaginale hétérosexuelle !). Lorsque Cosmopolitan France a réutilisé ces images ultérieurement, le titre du second schéma est devenu « clitoris en action » (tout court) et le détail de la légende a été supprimé. Ces images ont ensuite aussi été réutilisées sans la flèche indiquant la présence du pénis, ce qui a achevé de conforter l’illusion que le vagin s’ouvrait magiquement sous l’effet de l’érection du clitoris, le pénis étant dessiné dans un rose si pale qu’il en est presque invisible – voir ici (NB : l’écartement des extrémités des piliers du clitoris sous l’action du pénis ou de l’érection du clitoris montré dans ces dessins est aussi fantaisiste, leur fixation aux os ischio-pubiens empêchant absolument ce type de mouvement).

#18 “Dans la paroi antérieure du vagin se trouve une structure érogène appelée "point G", source d’un orgasme "vaginal" différent de l’orgasme "clitoridien" ”

 PROBABLEMENT FAUX, MAIS IDEE ASSOCIEE A DES PHENOMENES REELS  

La question de l’existence et de la nature du « point G » fait depuis de nombreuses années l’objet d’une controverse scientifique. Bien que son existence dans le vagin ait été maintes fois proclamée, aucune structure anatomique correspondante n’a pu être identifiée (Kilchevsky et al. 2012 ; Hoag et al. 2017), et on n’a pas trouvé dans la paroi du vagin de zone d’innervation sensitive particulière cohérente avec cette hypothèse (Pauls et al. 2006 ; Pan et al. 2015). Cependant, le fait est que de nombreuses femmes font l’expérience d’une sensibilité particulière à la pression exercée sur une certaine zone de la paroi antérieure du vagin, plutôt à proximité de son ouverture, et qu’on peut parfois aussi percevoir au toucher à cet endroit une légère protubérance lors d’une activité sexuelle. Une explication plausible mais non démontrée de ces deux phénomènes, qui est notamment étayée par P. Foldès et O. Buisson (2007), est qu’on appuie ainsi indirectement sur le bas du corps du clitoris, là où il se subdivise en deux branches « à cheval » sur l’urètre et où il est au plus près de la paroi vaginale. Par ailleurs, dans cette même zone du « point G » se trouvent également les glandes para-urétrales ou glandes de Skene (autrefois appelées « prostate féminine » par De Graaf, cette terminologie tendant à être à nouveau adoptée du fait de la confirmation de l’homologie entre prostate et glandes de Skene). Or, chez certaines femmes au moins, la stimulation mécanique de ces glandes par appui sur cette zone pourrait déclencher ou augmenter leur activité sécrétrice, et ainsi être à l’origine d’au moins une partie des sensations évoquées. Le liquide sécrété pourrait soit être expulsé par les deux canaux excréteurs situés de part et d’autre de l’orifice du l’urètre (« éjaculation féminine »), soit remonter vers la vessie et s’y accumuler en même temps qu’une urine très diluée, fabriquée de manière accélérée du fait de l’excitation et des stimulations sexuelles, puis expulsé en grande quantité (« femmes fontaines »), et serait expulsé du fait du lâcher prise lié à l’orgasme, ou selon un mécanisme analogue à l’éjaculation masculine, ou encore indépendamment de l’orgasme, du fait de la contrainte mécanique exercée sur le sphincter de l'urètre par une pression sur cette zone (Salama et al. 2015). Ce qui est en tout cas déjà documenté, c’est que l’émission de ce liquide n’est pas toujours associée à un plaisir intense ni a fortiori à un orgasme (un peu comme lorsqu’on obtient une éjaculation réflexe par stimulation de la prostate : ce n’est pas nécessairement agréable). Rien ne permet à ce jour d’affirmer l’existence de différents types d’orgasmes bien définis. Tout ce qu’on peut dire est que chez les femmes comme chez les hommes, le plaisir sexuel est plus ou moins intense et s’accompagne de sensations variables selon le vécu de la personne, son état général psychologique et physiologique, le contexte émotionnel, les parties du corps stimulées, la façon de les stimuler directement ou indirectement...

#19 “Une fille de 15 ans sur 4 ne sait pas qu’elle a un clitoris (en France en 2016, d’après un rapport du HCE) ; 83% des filles de 15 ans ignorent sa fonction ; 84 % des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont 53 % à savoir représenter le sexe masculin”

 TROMPEUR, ET FORCEMENT INEXACT 

Ces chiffres maintes fois repris dans les médias depuis la publication en juin 2016 d’un rapport du Haut Conseil à l'Egalité (HCE) n’ont aucune chance d’être corrects. Tout d'abord, ils ne résultent pas de l'enquête réalisée par le HCE faisant l'objet du rapport. Sur ce point, le rapport se base sur un mémoire présenté par Annie Sautivet, enseignante de collège en arts plastiques, pour l’obtention du DU de sexologie de l’Université de Montpellier. Ce qui est résumé en « les filles de 13 ans » et « les filles de 15 ans » correspond en fait respectivement aux 91 filles en classe de 4ème et 76 filles en classe de 3ème de ce collège.

Par ailleurs, les chiffres présentés en synthèse sont différents des données détaillées rapportées dans le mémoire :

- 3% des filles de 3ème ont coché "non" à la question « avez-vous un clitoris ? » et 20% d’entre elles n’ont pas répondu, pour des raisons possiblement diverses (il n'y avait pas de case à cocher « je ne sais pas » ) ;

- 84% des filles de 4ème et 65% des filles de 3ème n’ont soit pas donné une réponse considérée comme juste à la question « A quoi sert le clitoris ? » (réponse libre attendue en moins d'une ligne), soit pas répondu, ce qui est assez différent de « 83% des filles de 15 ans ignorent sa fonction » (et a fortiori de « ignorent sa fonction érogène », nouvelle distorsion introduite le 7 mars 2019 par un collectif féministe reprise ensuite par Libération, Vice, Les Inrocks...) ;

- les pourcentages donnés concernant les représentations des deux sexes additionnent en fait les filles n’ayant soit pas fait de dessin (pour des raisons possiblement diverses), soit ayant fait un dessin ne montrant que l’utérus confondu avec le vagin et/ou un dessin « mal fait » ou « faux » (et je dois dire que tel que le questionnaire se présentait, j’aurais moi-même du mal à faire un dessin correct).

De plus, l’enquête d’Annie Sautivet a été menée au premier trimestre 2009, or des informations sur le clitoris ont circulé depuis, notamment grâce à la publication de livres destinés au grand public et à une campagne d’information menée par Osez le féminisme, ainsi que via leur relai médiatique et les réseaux sociaux. Enfin, elle a été menée au sein d’un unique collège du nord de Montpellier qui n’est pas nécessairement représentatif de la population collégienne française. Généraliser ses résultats est d’autant plus délicat que comme cela est signalé dans le mémoire, les modalités de passation des questionnaires n’étaient pas bien contrôlées, ce qui a pu fausser certains résultats.

#20 “Au XVIe siècle, les planches d’anatomie décrivaient parfaitement cet organe ; La première représentation complète du clitoris avec le gland, le corps et les piliers, date de 1558”

 

 FAUX  

A ma connaissance, la seule planche anatomique montrant le clitoris gravée au XVIè siècle (mais publiée plus tard) est celle d’Eustache, et sa représentation est extrêmement schématique. Les planches de Casseri publiées en 1627 sont déjà plus précises, mentionnant son extrémité "correspondant au gland du pénis", la membrane qui cache cette partie comme un prépuce, son "corps" et ses deux "corps caverneux" qui sont comme des "jambes", ainsi que les artères, veines et nerfs qui partent du clitoris ou y aboutissent. Elles restent cependant très schématiques et incomplètes. Des progrès importants sont réalisés par De Graaf (1672) au XVIIè siècle, mais il manque encore les bulbes. Je n'ai rien trouvé de mieux au XVIIIè siècle. Il faut manifestement attendre le XIXè siècle avec Flourens (1836) pour voir les bulbes représentés sous le nom de « plexus rétiforme », Bourgery et Jacob (1839) sous celui de « bulbe(s) du vagin », et Kobelt (1844) sous le nom de « bulbes du vestibule », appellation encore en vigueur (voir les images sur la page HISTOIRE). Quant à 1558, il s'agit d'une allusion erronée à l'ouvrage de Colombo (1559), qui ne contient aucune illustration.

#21 “Le clitoris est le reliquat embryonnaire du pénis, qui involue chez les filles [Dr Gérald Kierzek, 22/12/2017, France 2] ; l’état initial des organes génitaux n’est pas indifférencié, mais d’aspect féminin : sous l’action de la testostérone, cet aspect femelle (clitoris) se différencie en un phénotype mâle (pénis) [Philippe Brenot, 01/01/2017, LeMonde.fr]”

 FAUX  

Les embryons ne sont dotés ni d’un "pénis" initial qui "involuerait" chez les filles pour devenir le clitoris, ni d’un "clitoris" initial qui ne se développerait que chez les garçons. Ce sont deux nouvelles versions d’une imagerie ancienne, prégnante mais fausse, selon laquelle par manque de testostérone, le développement féminin typique serait en fait une absence de développement. L’idée que non seulement le clitoris ne se développe pas mais "involue" carrément vient sans doute d'images modélisant à échelle non constante la différenciation des organes génitaux externes vus de l’extérieur, qui ne montrent que le gland du clitoris et donnent l’impression qu’il rapetisse au cours du développement (telles les images du très populaire mais peu rigoureux documentaire Du baiser au bébé). Comme on peut le voir ici, ce n'est pas le cas.

Jusqu’à la 9ème semaine, le phallus (ou tubercule génital) et les structures adjacentes qui deviendront les organes génitaux externes ont bien le même aspect chez tous les embryons. Ensuite est entamé soit un développement de type féminin qui formera le clitoris et ses bulbes, les petites lèvres, le capuchon du clitoris et les grandes lèvres, soit un développement de type masculin qui formera le pénis, le prépuce et le scrotum (ou des formes intermédiaires dans certains cas d’intersexuation). Un véritable développement a lieu aussi chez les filles, et il aboutit à la mise en place d’un organe pleinement fonctionnel, qui n’a rien d’un reliquat. Non seulement le tubercule génital va croître, pour passer de la minuscule structure présente chez un fœtus mesurant environ 5 cm en tout à un organe long d’environ 10 cm au final, mais il va aussi changer de forme, se couder, se structurer en parties et tissus différents (gland, corps caverneux, tunique albuginée, corps spongieux), être densément innervé et vascularisé, etc.

#22 “Freud a inventé le concept d'orgasme vaginal ; Freud est l’inventeur du terme “orgasme vaginal” ; Freud a été le premier à accoler les termes orgasme et vaginal ; En 1905, dans ses Trois essais sur la théorie sexuelle, Sigmund Freud affirme que seul l’orgasme vaginal est digne d'une sexualité adulte et structurée ; Freud décrète que l'orgasme clitoridien est celui des petites filles, et que les vraies femmes jouissent quand on les pénètre

 FAUX  

Non seulement Freud n’a pas inventé le concept d’« orgasme vaginal », mais cette expression est tout simplement introuvable dans ses écrits. Freud n’est pas non plus l’inventeur de la notion de plaisir vaginal. Il a incontestablement joué un rôle clé dans la légitimation pseudo-scientifique de l’idée qu’une femme mature devait tirer son plaisir de la pénétration vaginale plutôt que de la stimulation externe du clitoris, jugée infantile, mais cette histoire est plus compliquée que ce que laisse croire sa présentation habituelle, et elle implique d’autres auteurs que Freud.  D’après Rodriguez  (2014, p.95-96), ce sont les psychanalystes autrichiens Edward Hitschmann et Edmund Bergler, tous deux émigrés aux Etats-Unis, qui dans leur livre Frigidity in women publié en 1936 ont forgé l'expression « orgasme vaginal » et défini la frigidité comme incapacité à l'atteindre. Elle souligne en outre que « contrairement à Freud, Hitschmann et Bergler ne pensaient pas que le clitoris pouvait encore être utilisé pour attiser la passion chez les femmes adultes en bonne santé ; au contraire, pour eux la sexualité clitoridienne était une source de névrose et de mauvaise santé » (ma traduction).  Par ailleurs, selon Chaperon (2012), pour concevoir sa théorie de la maturation sexuelle des femmes Freud s’est manifestement appuyé sur des notions déjà formulées dans les années 1880, notamment en Autriche par Richard von Krafft-Ebing. On peut lire ceci dans la célèbre Psychopatia sexualis de ce dernier (première édition en 1886) : « Il y a, chez la femme ainsi que chez l’homme, d’autres régions et organes érectibles qui peuvent produire l’érection, l’orgasme et même l’éjaculation. Ces "zones érogènes" sont chez la femme, tant qu’elle est virgo [vierge], le clitoris, et, après la défloration, le vagin et le col de l’utérus. Le mamelon surtout semble avoir un effet érogène chez la femme. » (p.43 dans l’édition française de 1895).

#23 “Colombo et Fallope se sont disputé la découverte du clitoris ; chacun des deux a prétendu s'approprier cette partie du corps féminin”

 INEXACT ET TROMPEUR  

C’est la présentation des écrits de Colombo et de Fallope faite par Thomas Laqueur dans Making sex (1990) qui semble être à l’origine de cette vision erronée et d’autres erreurs qui se sont propagées dans la littérature scientifique, et par suite dans la vulgarisation. Par extension, on décrit parfois une sorte de combat entre hommes pour s’approprier des morceaux du corps féminin, un combat qui serait en l’occurrence d’autant plus déplacé et ridicule que les femmes auraient connu depuis toujours ce que ces phallocrates prétentieux auraient prétendu avoir découvert.

Sur Colombo : Faisant un parallèle avec Christophe Colomb et la conquête de l’Amérique (une comparaison qui fera florès), Laqueur affirme que Colombo prétend avoir découvert le clitoris (p.64). Or ce que Colombo prétend avoir découvert, ce sont les prolongements de l’utérus qui selon lui aboutissent à ce qu’on appelle aujourd’hui le gland du clitoris (voir ici).  Facilitant cette mauvaise compréhension, Laqueur traduit dans ce contexte des morceaux d’un passage de Colombo en enlevant toute référence à l’utérus, écrivant « if you touch it » et « these projections » sans indiquer de projections de quoi il est question. Laqueur cite ce même passage dans un autre contexte en le traduisant par « if you touch that part of the uterus » (p.113), et utilise ailleurs le même passage pour prétendre à tort que Colombo décrit « les petites lèvres » (!) comme étant des « protubérances (processus) émergeant de l’utérus », laissant ensuite entendre que Colombo confond ici clitoris et petites lèvres d’une part, et col de l’utérus et orifice du vagin d’autre part (p. 97). Signalons aussi en passant que d’après Laqueur, Colombo appelle le clitoris « dulcedo amoris » (p. 66), or Colombo écrit « amor Veneris » ou « dulcedo » (pour désigner les prolongements de l’utérus qu’il pense avoir découvert).

Sur Fallope : Selon Laqueur, Fallope prétend avoir été « le premier à voir le clitoris » (p.65), or Fallope cite explicitement les Grecs ainsi qu’Avicenne et Albucasis qui en ont parlé avant lui. Ce que Fallope revendique avoir été le premier à voir (à mon avis à bon droit), c’est cette partie du pudendum dans son entièreté, c’est-à-dire y compris sa partie cachée. Il explique qu’elle n’avait pas été vue avant lui par les autres anatomistes parce qu’elle est petite et cachée dans la graisse recouvrant le pubis (voir ici).  Laqueur dit aussi que Fallope « attaque Colombo » avec vigueur, mais notons que s’il est fort probable que Fallope vise Colombo dans le passage concerné, il ne l’y nomme pas. Je signale aussi en passant que selon Laqueur, Fallope décrit les trompes comme étant des tendons creux ne s’ouvrant pas dans l’utérus et traversant le péritoine (p. 97), or ce sont les ligaments ronds de l'utérus que Fallope décrit en ces termes, et non les trompes.

#24 “Fallope s’est approprié la découverte des trompes ; Fallope a découvert les trompes et leur a donné son nom pour marquer son territoire, suivant la coutume phallocrate de l’époque”

 FAUX  

Fallope n’a pas découvert les trompes, et il ne prétend à aucun moment l’avoir fait. Elles étaient repérées de longue date – Rufus d’Ephèse, par exemple, les évoquait déjà en parlant d’« antennes » (comme d’un insecte) ou de « tentacules » (d’un poulpe) –, mais on ne leur attribuait aucune fonction et elles n’avaient jamais été décrites précisément. On les qualifiait encore à l’époque de simples « cornes » de l’utérus. Après les avoir  décrites, compte tenu de leur forme, Fallope suggère de parler de trompe (tuba en latin) plutôt que corne (Fallope 1562 [1561] p.119). C’est parce qu’il est le premier à avoir utilisé ce mot pour désigner cette partie de l'appareil génital et que sa description était la première correcte que pour y faire référence, l’expression « trompes de Fallope » s’est ensuite répandue.

La suite est en cours de rédaction. A suivre ! Pour recevoir une alerte par mel lors de la prochaîne mise à jour importante, s'abonner au BLOG. En attendant, un aperçu des infos douteuses ou intox qui seront abordées :

​​“La première description anatomiquement exacte du clitoris date de 1998 ; La première planche anatomique exacte du clitoris date de 1998 ; Le clitoris était très mal connu jusqu’au début des année 2000

Le clitoris a été déclaré "organe inutile" en 1875-1876 en Occident ;  à partir de là et jusqu'en 1998, le courant "ovuliste" (variante : "nataliste") a quasiment banni le clitoris des manuels d’anatomie

Le clitoris est beaucoup plus sensible que le pénis ; Le match des sensations est largement remporté par l'organe féminin : pour environ 6 000 terminaisons nerveuses au bout du pénis, le gland de la femme en possède, lui, environ 8 000 ; le clitoris possède environ 7000 à 8000 terminaisons nerveuses, soit bien plus que le sexe masculin ; le clitoris est constitué de 7.500 terminaisons nerveuses, contre environ 6.000 pour le pénis ; le clitoris a 8 000 terminaisons nerveuses concentrées dans son gland

​“Le clitoris est beaucoup plus capable d’orgasmes que le pénis : le déchargement orgasmique est 8 à 10 fois plus fort chez la femme que chez l’homme

​“Chez une femme l’excitation sexuelle provoque l’érection du clitoris et des tétons ; l’érection des tétons fonctionne comme celle du clitoris

​“Au contraire des hommes chez qui l’excitation sexuelle monte très vite (en 2 minutes), une femme a besoin de 20 minutes de préliminaires pour être excitée

​“La taille du clitoris est multiplié par 2,5 en période de fertilité

L'épisiotomie entraîne la section d’une partie du clitoris

Dans certaines formes d’excision, il est procédé à l’ablation totale du clitoris

La clitoridectomie occidentale est l’ancêtre de ce qu'on appelle en Europe l'excision

La clitoridectomie a été pratiquée de manière massive en Occident, notamment à la fin du XIXè siècle
Le clitoris est complètement absent des / n’apparaît pas dans les manuels scolaires français (2016) ; Le clitoris a été représenté pour la première fois dans un manuel scolaire français en 2017 ; Le clitoris et la vulve ont fait une petite apparition dans les manuels de sciences naturelles dans les années 1980, mais ont été supprimés après une attaque en justice de groupes religieux

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Odile Fillod 2017-2020

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