ANATOMIE

 

A quoi ressemble le clitoris et de quoi est-il fait ? Où se situe-t-il précisément ? Comment est-il innervé ? Quelle est son origine embryologique ? A-t-il un rapport avec le pénis, et si oui lequel ? Voici des éléments de réponses tirés de la littérature scientifique (voir la page A PROPOS pour la liste des sources utilisées).

L’organe bulbo-clitoridien ou clitoris

L’appareil érectile féminin est constitué du clitoris et des bulbes vestibulaires, ou "bulbes du vestibule", ou encore "bulbes du clitoris". L’ensemble est parfois appelé organe bulbo-clitoridien, complexe clitoridien, voire tout simplement clitoris. Cette dernière dénomination ne fait pas consensus dans la littérature biomédicale, notamment parce qu'elle prête à confusion compte tenu du sens plus restreint donné de longue date au mot clitoris. Pour la même raison, je n’adopte pas non plus cet usage ici. 

 

L’organe bulbo-clitoridien fait partie de ce qu’on appelle les organes génitaux externes, mais il est presque entièrement caché. Il est d’abord enfoui sous la peau et la graisse du mont de vénus et des lèvres, puis caché en grande partie sous des faisceaux de muscles, et à certains endroits par des réseaux de vaisseaux sanguins et des lambeaux de tissus conjonctifs ou spongieux.

On y distingue habituellement quatre parties : les piliers, le corps, le gland et les bulbes, auxquelles il faut ajouter la pars intermedia, constituée du plexus veineux de Kobelt et des tissus qui l'entourent (cliquez ici pour manipuler virtuellement le modèle en 3D stylisé).

Les piliers (en anglais crura ou legs

Les deux piliers du clitoris sont formés par deux corps caverneux, des tissus érectiles recouverts d’une enveloppe fibreuse appelée albuginée. Ils renferment des cavités qui se gonflent de sang sous l’effet de l’excitation sexuelle. Les piliers longent la face interne des branches ischio-pubiennes des os du bassin, à laquelle ils adhèrent fortement. Ils sont recouverts par les muscles ischio-caverneux. La contraction de ces muscles tend à chasser le sang des piliers en direction du corps du clitoris, augmentant ainsi son érection.

Le corps (body)

Le corps du clitoris est formé par la réunion des deux corps caverneux. Ils y sont séparés l’un de l’autre par un septum médian incomplet, et l’ensemble est enveloppé dans l’albuginée. Le corps est d'abord dirigé vers l’avant et le haut dans le prolongement des piliers (partie proximale), puis se coude pour former le "genou" du clitoris, se dirigeant alors vers le bas et l'arrière (partie distale, parfois appelée "tige"). Au niveau du genou, un ligament maintient le corps du clitoris suspendu à la symphyse pubienne. Les expériences d’injection de liquide dans l’appareil érectile après dissection, ainsi que le rapport du clitoris aux structures adjacentes, tendent à indiquer que l’érection du clitoris ne se traduit pas par une ouverture de son coude : le corps du clitoris, comme ses piliers, augmente de volume et se raffermit, mais il semble qu’il ne se redresse pas.

Le gland (glans)

De forme oblongue ou conique, le gland est la partie la plus distale du clitoris, située après l'extrémité des corps caverneux. Bien que pouvant être parsemé d’îlots de tissus érectile, il contient en principe surtout du tissu conjonctif. Pour Di Marino et Lepidi (2014), il est essentiellement constitué d'un "tissu spongieux involutif", et O'Connell et al. (2005), Shih et al. (2013) et Jackson et al. (2019) concluent de leur examen du gland qu'il ne contient pas de tissu érectile. Adjacent à l’albuginée dans sa face interne, il est dans sa face externe recouvert d’une muqueuse dermique. Le gland est la seule partie (partiellement) visible de l’organe bulbo-clitoridien, et il est parfois entièrement caché par le capuchon, un repli cutané qui dépend des petites et/ou grandes lèvres et recouvre sa face antérieure. A sa face postérieure, il est rattaché aux petites lèvres par un autre repli cutané, le frein.

Les bulbes (bulbs)

Les deux bulbes sont constitués de corps spongieux, des tissus érectiles semblables aux corps caverneux mais non recouverts d’une albuginée. Ils communiquent avec le corps du clitoris (à proximité de son genou) par l’intermédiaire du réseau de veines appelé plexus de Kobelt. Se rejoignant au-dessus de l’urètre, juste sous la base du corps du clitoris, les bulbes descendent de part et d’autre de l’urètre puis se terminent de part et d’autre du vagin. Les bulbes s’inscrivent dans un plan qui n’a pas la même inclinaison que celui des piliers du clitoris, et sont ainsi enfouis moins profondément. Ils sont recouverts par les muscles bulbo-spongieux, deux faisceaux de fibres musculaires insérés en arrière au niveau des muscles transverses du périnée et se rejoignant en avant au niveau du genou du clitoris. La contraction de ces muscles augmente l'érection du clitoris en chassant le sang des bulbes vers le corps du clitoris, mais aussi en compressant la veine dorsale du clitoris via une bande qu'ils forment à l'arrière du genou.

La pars intermedia

La pars intermedia est une zone grossièrement pyramidale située entre le haut des bulbes et le corps du clitoris. Cette zone dont les contours sont mal définis est généralement absente des schémas d'anatomie ainsi que des photographies de dissection. Elle est constituée du plexus veineux de Kobelt, qui relie les bulbes au corps du clitoris, et du tissu conjonctif entourant celui-ci. L'examen macroscopique de la pars intermedia peut donner l'impression qu'il s'agit d'un tissu spongieux semblable à celui des bulbes, ce qui amène parfois à le présenter comme un prolongement de ceux-ci. Toutefois, l'examen histologique montre qu'il est d'une nature bien distincte et ne peut être qualifié de tissu érectile (Shih et al. 2013). Di Marino et Lepidi (2014) ont proposé d'appeler "partie spongieuse résiduelle infra-corporelle" une bande de tissu spongieux involutif non significativement érectile qui serait adjacente à la partie distale de la pars intermedia, établissant une connexion vasculaire non seulement entre les bulbes et le corps du clitoris, mais aussi avec les vaisseaux des parois du vestibule du vagin, eux-mêmes communiquant avec ceux des petites lèvres.

  Imagerie biomédicale  (cliquez pour afficher en entier)                                                    

 

Dimensions du clitoris et des bulbes

La littérature scientifique ne permet pas encore d’établir les dimensions moyennes du clitoris et des bulbes ni leurs plages de valeurs normales – au sens statistique du terme. Les articles scientifiques rapportant des mesures du clitoris et des bulbes sont peu nombreux, ont porté sur des échantillons de petite taille et non représentatifs de la population générale, et ils sont fréquemment lacunaires. Ainsi, la largeur des différents éléments (à l’exception du gland) est moins souvent indiquée que leur longueur, les longueurs du gland et de la tige sont davantage documentées que les autres longueurs, et les mesures de l’angle du genou du clitoris comme de l’angle formé par les deux piliers entre eux sont quasi-inexistantes.

Par ailleurs, les dimensions rapportées dans les études scientifiques disponibles sont très variables. Outre la variabilité interindividuelle notable relevée dans toutes les études, les caractéristiques démographiques des échantillons étudiés ainsi que les méthodes utilisées dans chacune d’elles constituent aussi une source de variabilité. Ainsi, par exemple, les mesures faites sur la base d’IRM classique (2D) peuvent être faussées par l’axe de la prise de vue, et ce d’autant plus que les différentes parties du complexe bulbo-clitoridien s’inscrivent dans des plans distincts. 

De plus, la terminologie reste flottante : le gland ne désigne pas toujours la même chose selon les auteur·es et selon qu’il s’agit d’un examen gynécologique de visu, d’un examen histologique ou encore d’un examen par IRM ; il arrive que la longueur du corps comprenne celle du gland, ou encore que la tige du clitoris soit indûment appelée "corps", voire "clitoris". Enfin, les modalités précises de mesure sont rarement décrites, ce qui crée des incertitudes quant au positionnement exact de la limite entre piliers et corps, entre parties proximale et distale du corps et entre gland et corps.

 

Il est toutefois possible de se faire une idée des dimensions habituelles du clitoris et des bulbes au travers des éléments suivants.

Eléments de revue de littérature récents

Selon Ginger et Yang (2011), le clitoris "peut faire 10 cm ou plus de long", dont "5 à 7 cm" pour son corps (gland compris). Selon Pauls (2015), le clitoris entier fait "9 à 11 cm" de long (pour les mesures de chaque partie, l'article reprend les données de O'Connell et al. 1998). Mazloomdoost et Pauls (2015) donnent les mêmes mesures sauf pour la longueur du corps, ramenée à "0.5 à 3.5 cm" de long sans doute par erreur suite à une lecture trop rapide de Lloyd et al. (2005) – voir plus bas.

Pour ce qui est des bulbes, selon Ginger et Yang (2011) leur taille "varie selon les personnes et pourrait dépendre de l'âge et de l'œstrogénisation". Selon Mazloomdoost et Pauls (2015), les bulbes font "3 à 4 cm de long à l’état flaccide et jusqu’à 7 cm en érection".

Zoom sur huit études

[1] Verkauf et al. (1992) - Echantillon de 200 femmes âgées de 14 à 56 ans (âge moyen = 28, médian = 35), étude in vivo par examen gynécologique

- Gland : longueur moyenne = 5.1 mm (écart-type 1.4 mm), largeur moyenne = 3.4 mm (entre 3 et 5 mm chez 90% des femmes, écart-type 1.0 mm).

- Longueur estimée de la tige gland inclus (indûment appelée "longueur totale du clitoris") : moyenne = 1.6 cm (entre 1.0 cm et 2.3 cm chez 90% des femmes, écart-type 4.3 mm).

- Dimensions en moyenne légèrement plus grandes chez les femmes ayant accouché par rapport aux nullipares : largeur du gland de 3.6 mm vs 3.2, longueur du gland de 5.3 mm vs 4.8, longueur de la tige de 16.3 mm vs 15.4. En revanche, pas de différence statistiquement significative entre les femmes sous contraception hormonale et les autres ni de lien statistiquement significatif avec l’âge, la stature, le poids ou l’IMC.

Rem  : étant donné sa méthodologie, cette étude risque de sous-estimer la longueur totale gland + partie distale du corps.​

[2] O'Connell et al. (1998) - Echantillon de 10 femmes âgées de 22 à 88 ans à leur décès,  étude par dissection post-mortem

- Corps = "2 à 4 cm" de long et "1 à 2 cm" de large.

- Piliers = "5 à 9 cm" de long et "légèrement plus étroits que le corps".

=> La longueur totale, non indiquée, était donc toujours > 7 cm et < 13 cm dans cet échantillon (+ environ 5 mm pour le gland).

- Bulbes = "3 à 7 cm" de long.

Rem  : le mode de mesure des piliers n'est pas précisé, ils sont étonnamment longs, et a contrario le corps parait court. Il semble par conséquent possible que le corps corresponde ici en fait uniquement à sa partie distale, sa partie proximale étant alors incluse dans la mesure des piliers. 

[3] Aubin (2002) - Echantillon de 5 femmes d'âges non précisés, étude par dissection post-mortem

- Largeur du gland = environ 5 mm, largeur du corps passant progressivement de 5 à 9 mm en s’éloignant du gland.

- Longueur du gland = 4 à 6 mm.
- Longueur du corps = "environ 2.5 cm" pour sa partie distale, 6 à 8 mm pour sa sa partie proximale.

- Longueur des piliers = 4 cm.

=> La longueur totale, non indiquée, serait donc d’un peu moins de 8 cm dans cet échantillon.

- Bulbes = 3 à 5 cm de long et 15 à 18 mm de large dans leur plus grand diamètre.

[4] Lloyd et al. (2005) - Echantillon de 50 femmes non ménopausées et sans mutilation génitale, étude in vivo par examen gynécologique,

- Largeur du gland : moyenne = 5.5 mm (min = 3, max = 10, écart-type = 1.7).

- Longueur estimée de la tige (indûment appelée "clitoris") : moyenne = 1.9 cm  (min = 5 mm, max = 3.5 cm, écart-type = 8.7 mm).

Rem  : étant donné sa méthodologie, cette étude risque comme Verkauf et al. (1992)  de sous-estimer la longueur gland + partie distale du corps.​

[5] Di Marino et Lepidi (2014) - Echantillon non décrit, étude par dissection post-mortem

- Longueur du gland : moyenne = environ 5 mm.

- Longueur du corps : moyenne = 32.4 mm pour sa partie distale, 12.8 mm pour sa partie sa partie proximale (max = 2 cm).

- Longueur des piliers : moyenne = 37 mm.

=> La longueur moyenne totale, non indiquée, serait donc d’un peu moins de 9 cm dans cet échantillon.

- Bulbes : longueur moyenne = 3.15 cm (min = 1.5, max = 4.2), plus grande largeur moyenne = 2.2 cm (min = 1.3, max = 3.2).

[6] Vaccaro et al. (2014) - Echantillon de 20 femmes sexuellement actives âgées de 41.6 ans en moyenne (écart-type 11.6), étude in vivo par IRM

- Longueur du "gland" (mal nommé) : moy. = 13 mm (écart-type = 4), largeur = 5,4 mm (écart-type =1.85).

- Longueur de "corps" (également mal nommé) en vue axiale : moy. = 39 mm (écart-type = 11.2 mm), demi-largeur = 6.9 mm (écart-type = 1.7).

- Longueur des piliers en vue axiale : moy. = 64 mm (écart-type = 9.7 mm) et largeur =1.0 cm (écart-type = 3.2 mm).

=> Longueur totale moyenne = 11.6 cm dans cet échantillon (calcul des auteurs).

Rem  : cet article présente plusieurs incohérences et utilise un vocabulaire erroné ayant manifestement créé des confusions entre ce qui a été mesuré et la façon dont cela a été rapporté. Entre autres conséquences, la longueur totale du clitoris est probablement surestimée ici.

[7] Abdulcadir et al. (2016) - Echantillon de 15 femmes non ménopausées, sexuellement actives et sans mutilation génitale, âge moyen = 32 ans (+/- 7.3 ans), étude in vivo par IRM

- Largeur du gland : moyenne = 4.8 mm (écart-type = 2.7 mm).

- Longueur de la tige = gland + partie distale du corps (mal nommée "corps du clitoris") : moyenne = 25.7 mm (écart-type = 7 mm).

[8] Jackson et al. (2019) - Echantillon de 22 femmes âgées de 48 à 89 ans (âge médian = 70 ans), étude par dissection post-mortem 

- Gland : longueur médiane = 8 mm (min = 5, max = 12) et largeur = 4 mm (min = 3, max = 10).

- Corps : longueur médiane = 29 mm (min = 13, max = 59) et largeur médiane en son milieu = 9 mm (min = 5, max = 14).

- Piliers : longueur médiane = 50 mm (min = 25, max = 68) et largeur médiane en son milieu = 9 mm (min = 2, max = 13).

=> La longueur totale médiane, non indiquée et non déductible des précédentes, pourrait donc être de l'ordre de 9 cm dans cet échantillon. 

- Bulbes = longueur médiane = 5.4 cm (min = 1.3, max = 6.9), plus grande largeur = 1.8 cm (min = 0.9, max = 2.9).

Dimensions retenues pour le modèle imprimable en 3D créé en 2016

Après une revue des données scientifiques disponibles, j’ai mis au point début 2016 avec l’aide de Mélissa Richard, médiatrice au FabLab de la Cité des sciences et de l’industrie, une première version d’un modèle stylisé d’organe bulbo-clitoridien. Les conditions de mise au point de cette V1 n’ont pas permis de respecter parfaitement les dimensions initialement prévues, mais elles restent néanmoins plausibles : le clitoris est long de 10.5 cm dont 6 cm pour les piliers, les bulbes sont longs de 4.5 cm, le gland est large de 5 mm, le corps passe de 5 mm à 1 cm de large, et la plus grande largeur des bulbes est de 1.4 cm. Avec l’aide de Philippe Cosentino, féru de conception 3D et enseignant de SVT motivé par l'utilisation pédagogique de ce modèle, j’ai mis au point une V2 qui a les dimensions suivantes : clitoris long de 9.5 cm dont 5.3 cm pour les piliers, bulbes longs de 4 cm, gland large de 4.5 mm, corps passant de 5 mm à 2 cm de large, et plus grande largeur des bulbes égale à 1.6 cm.

​NB : Pour assûrer la robustesse du modèle et faciliter se manipulation, les bulbes sont fixés à la base du corps du clitoris et le plexus de Kobelt n'est pas modélisé. Les fichiers imprimables sont en accès libre ici).

 

Innervation et plaisir sexuel

La région comporte deux types d’innervation motrice et sensitive : une innervation autonome (ou végétative) et une innervation somatique. Le système autonome est en principe le substrat du contrôle automatique des fonctions organiques. Ses fibres nerveuses efférentes contrôlent la contraction des muscles lisses, et ses fibres nerveuses afférentes assurent la remontée d’informations sur l’état des zones qu’elles innervent. Le système somatique est en principe le substrat des actions volontaires et des perceptions conscientes. Ses fibres efférentes contrôlent la contraction des muscles striés squelettiques, et ses fibres afférentes assurent la perception des stimuli appliqués aux zones qu’elles innervent. 

Innervation autonome

L’innervation autonome de la région génitale dépend essentiellement du plexus hypogastrique inférieur, dont la partie terminale forme le plexus vaginal. De ce plexus partent notamment le nerf caverneux (qui innerve les corps caverneux) et le nerf spongieux (qui innerve les bulbes). C’est via ces nerfs qu’est contrôlée l’érection ou tumescence liée à l'activité sexuelle : sous l’effet de l’excitation sexuelle, leurs fibres nerveuses efférentes commandent le relâchement des muscles lisses entourant les artères et cavités des tissus érectiles, ce qui a pour effet d’y faire affluer le sang. A l’inverse, la détumescence est causée par la contraction de ces muscles lisses, qui est leur état habituel.

Innervation somatique

L’innervation somatique de la région génitale dépend essentiellement du plexus nerveux pudendal, qui se divise en plusieurs troncs contenant à la fois des fibres motrices et des fibres sensitives : le nerf du muscle élévateur de l’anus, le nerf du muscle coccygien, le nerf rectal supérieur, et dans sa partie terminale le nerf pudendal (ou nerf honteux). Ce dernier présente deux branches latérales, formant le nerf rectal inférieur (qui innerve l'anus et une partie des muscles du plancher pelvien postérieur) et le nerf périnéal (qui innerve les bulbes, les grandes lèvres, les petites lèvres, l'orifice du vagin sur 1 à 2 cm de profondeur, l'extrémité de l'urètre et la peau du périnée, et qui assure l'inervation motrice du sphincter externe de l'urètre et de la plupart des muscles du plancher pelvien), avant de se terminer par le nerf dorsal du clitoris.

​Le nerf dorsal du clitoris assure l’innervation des corps caverneux, du gland, du capuchon et du frein du clitoris. Après avoir longé les os ischio-pubiens en direction de la symphyse pubienne, ses troncs droit et gauche traversent le ligament suspenseur puis s'accollent à la tunique albuginée de la tige du clitoris, positionnés à 11h et 13h. A cet endroit, ils ont un diamètre d’environ 2 mm. Des ramifications s’en échappent pour plonger dans le corps du clitoris à mesure qu'ils longent la tige, puis vers le capuchon et le frein. Ils plongent pour finir dans le gland au niveau de sa jonction avec le corps.

Terminaisons du nerf dorsal du clitoris

Le nerf dorsal du clitoris est essentiellement (voire exclusivement) un nerf sensitif. Les terminaisons de ses fibres nerveuses sont soit libres, soit constituées par un mécanorécepteur. En principe présentes dans le derme, les terminaisons libres sont typiquement à l'origine de la perception de la douleur, et sont aussi impliquées dans celle des démangeaisons et du chatouillement. De telles terminaisons sont présentes dans la peau du gland et les zones cutanées glabres (sans poils) adjacentes. Leur pourcentage par rapport à l’ensemble des terminaisons nerveuses présentes dans cette zone n’est pas documenté, mais elles sont régulièrement décrites comme y étant très nombreuses. Quant aux mécanorécepteurs, on en trouve de plusieurs types. Ont été signalés :

- des disques de Merkel et des corpuscules de Meissner dans le derme du gland et les zones cutanées adjacentes ; ils sont à l’origine de la sensibilité tactile, sensibles à une variation de contact léger avec la peau et pour les seconds également sensibles aux vibrations de fréquences entre 5 et 200 Hz ;

-  des corpuscules de Ruffini dans le capuchon et les autres zones cutanées adjacentes au gland du clitoris ; ils sont en principe sensibles à la chaleur, à la pression et aux étirement cutanés ;

-  des corpuscules de Vater-Pacini dans le tissu conjonctif entourant le nerf dorsal du clitoris, le ligament suspenseur du clitoris, le tissu entourant la tunique albuginée des corps caverneux (y compris dans la partie proximale du corps du clitoris), le tissus adipeux du derme du capuchon, et dans une moindre mesure à la base du gland et à l’intérieur des corps caverneux ; ils sont à l’origine de la sensibilité profonde, sensibles à la pression ainsi qu’aux vibrations de haute fréquence (en principe jusqu’à 1 500 Hz et avec une sensibilité optimale vers 300 Hz) ;

- des corpuscules de Krause dans le gland, et dans une moindre mesure dans le capuchon ; ils sont sensibles aux variations de température et au froid ;

- des corpuscules de Finger ou Krause-Finger dans le gland, en grande quantité ; également appelés "corpuscules de la volupté" eu égard à leur présence documentée uniquement dans le gland du pénis et du clitoris, ils sont semblables aux corpuscules de Krause mais s'en distinguent par leur longueur, l'épaisseur de leur enveloppe et leur aspect mamelonné ; la différenciation entre ces deux types de corpuscules n’est toutefois pas toujours évidente.

Ces corpuscules sont trouvés en quantités très variables selon les spécimens, et il arrive que la présence de l’un ou l’autre de ces types de corpuscules ne soit pas constatée. De plus, le corps du clitoris, et a fortiori les piliers (difficiles à extraire en entier lors des dissections du fait de leur forte adhésion aux os ischio-pubiens) ainsi que les bulbes, ont été encore moins étudiés que le gland du clitoris. Toutefois, plusieurs études indiquent que la densité des terminaisons nerveuses susceptibles d’être à l’origine des sensations érogènes diminue à mesure qu’on s’éloigne du gland, puis de la partie proximale du corps du clitoris et du haut des bulbes. C’est au niveau du gland qu’on observe la plus forte densité de terminaisons nerveuses du clitoris, ce constat étant cohérent avec le diamètre important de la partie terminale de son nerf dorsal, qui contient un grand nombre de fibres nerveuses.

 

Trajet de l’influx nerveux et liens entre innervations somatique et autonome

Les fibres afférentes et efférentes des systèmes nerveux somatique et autonome sont reliées au système nerveux central, permettant à celui-ci de traiter les informations reçues de la région génitale et d’agir sur celle-ci.  En particulier, les informations sensitives somatiques sont transmises à l’hypothalamus et à l’aire génitale du cortex somato-senstif, et la diffusion de l'excitation sexuelle comme la réponse orgasmique sont modulées (inhibées ou favorisées) par des processus cognitifs pris en charge par plusieurs régions du cortex cérébral. Des structures sous-corticales / limbiques du cerveau sont également impliquées. Le ressenti en termes de plaisir – ou déplaisir – conscient est toujours dépendant de processus cérébraux.

Cependant, tout ne passe pas par le cerveau. Ainsi, des afférences génitales passant par le nerf pudendal peuvent provoquer des arcs réflexes qui via des centres nerveux de la moelle épinière, provoquent la contraction des muscles striés ischio-caverneux et bulbo-spongieux. Par ailleurs, les systèmes nerveux somatique et autonome sont liés. Des communications ont ainsi été décrites entre le nerf dorsal du clitoris et le nerf caverneux, à l’endroit où celui-ci pénètre dans le corps du clitoris.

Rôle clé du clitoris dans le plaisir sexuel

Rien n’indique l’existence d’une innervation sensitive du vagin (ou de toute autre partie du corps) qui soit comparable à celle du clitoris. Dans l’état actuel des connaissances, il est raisonnable de faire l'hypothèse que la zone érogène primaire se situe chez une femme au niveau du gland du clitoris, et dans une certaine mesure au niveau du corps du clitoris et de la jonction des bulbes.

La stimulation érogène primaire peut se faire soit directement au niveau du gland, soit au niveau de la partie distale du corps du clitoris à travers son capuchon, soit encore par l’intérieur du vagin, à proximité de son orifice, par pression au niveau de la base du corps du clitoris. Cette stimulation peut aussi être plus indirecte. Ainsi, la compression des piliers exercée par la contraction des muscles ischio-caverneux, celle des bulbes exercée par la contraction des muscles bulbo-spongieux, de même que la compression des bulbes (voire des piliers) par une pénétration, chassant dans tous les cas du sang vers le corps du clitoris, peuvent y participer.

Chez les femmes de même que chez les hommes, des zones érogènes secondaires peuvent se développer au fil du temps dans diverses autres parties du corps, de façon très variable selon le vécu des personnes.

 

Origine embryologique des organes génitaux externes

Contrairement aux voies génitales, qui se développent à partir de deux structures différentes (canaux de Müller pour les voies féminines, canaux de Wolff pour les masculines), les organes génitaux externes humains dérivent de structures uniques indifférenciées. Un embryon de sept semaines possède ainsi un sinus uro-génital, bordé par des replis urétraux (ou plis uro-génitaux) qui sont eux-mêmes bordés par des bourrelets génitaux (ou plis labio-scrotaux), et un tubercule génital (ou phallus) situé à l’extrémité ventrale de ce sinus.

Sauf rares exceptions, l’embryon a vu ses gonades se différencier en testicules à partir de la 8ème semaine s’il est porteur d’un chromosome Y et en ovaires dans le cas contraire. C’est vers la 10ème semaine de développement que les organes génitaux externes commencent à se différencier soit dans un sens masculin, sous l’action des androgènes en principe produits par les testicules, soit dans un sens féminin en l’absence d’androgènes.

Lorsque tous les facteurs biologiques sont habituels, chez un fœtus non porteur de testicules le tubercule génital devient l’appareil érectile féminin. Les replis uro-génitaux restent ouverts et deviennent les petites lèvres, et les bourrelets génitaux fusionnent uniquement à leurs deux extrémités et deviennent les grandes lèvres. L’orifice du sinus uro-génital devient le vestibule vulvaire, dans lequel viennent s’ouvrir le vagin et l’urètre.

 

Lorsque tous les facteurs biologiques sont habituels, chez un fœtus porteur de testicules le tubercule génital devient l’appareil érectile masculin. Une gouttière se creuse à sa face antérieure, et les replis uro-génitaux qui la bordent se rejoignent pour former la partie terminale de l’urètre, qui traversera le pénis pour déboucher en principe à son extrémité. Les bourrelets génitaux fusionnent également pour devenir le scrotum (les bourses), où les testicules migreront ensuite.

La possession de certaines variantes génétiques peu communes, de même que l’exposition à un milieu hormonal inhabituel, peuvent conduire au développement d’organes génitaux externes ayant un aspect intermédiaire entre ces deux formes canoniques. Ces situations correspondent à un sous-ensemble de ce qu’on appelle l’intersexuation. Elles ne s’accompagnent en principe d’aucun dysfonctionnement de l’appareil érectile ou d’anomalie de la sensibilité génitale. En revanche, les interventions chirurgicales effectuées sur les personnes concernées afin de conférer à leurs organes génitaux externes une forme jugée socialement plus convenable peuvent lourdement handicaper leur fonction sexuelle.

 

Homologie des formes féminine et masculine des organes génitaux externes et structures annexes

Du fait de l’origine commune des organes génitaux externes et des structures adjacentes chez tous les êtres humains, on peut établir une homologie entre ces structures telles qu’elles se présentent chez une femme typique et telles qu’elles se présentent chez un homme typique. Le tableau ci-dessous présente une synthèse des principales structures concernées.

En particulier, le gland du pénis est homologue à celui du clitoris, les corps caverneux du pénis (formant également deux piliers fixés aux os ischio-pubiens avant de se rejoindre pour former le corps du pénis) sont homologues à ceux du clitoris, et son corps spongieux se prolongeant en forme de bulbe entre les piliers est homologue aux bulbes vestibulaires. 

Sur le plan histologique, la différence notable entre le clitoris et le pénis est que le gland de ce dernier est constitué d'un tissu spongieux pleinement développé (prolongeant le corps spongieux), ce qui n’est pas le cas du gland du clitoris.

Sur le plan fonctionnel, le pénis se distingue de l’organe bulbo-clitoridien par son association à l’urètre : il est également impliqué dans le transport de l’urine et celui des gamètes, alors que l’organe bulbo-clitoridien n'a pas d'autre fonction connue qu'érogène et orgasmogène.

Odile Fillod 2017-2019

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